Deux mois après la Conférence sociale et quelques jours après la publicisation par le gouvernement du projet de loi sur les emplois d'avenir, le président de l'Union des syndicats et groupements d'employeurs représentatifs dans l'économie sociale (Usgeres) répond aux questions de la CPCA.
L’Usgeres a été conviée à la dernière conférence sociale. Quel sens y a-t-il à ce que les employeurs de l’économie sociale et solidaire soient représentés dans ce type dialogues et allez-vous être associés aux négociations qui y ont été annoncées ?
Avec 217 000 établissements employeurs et 2,3 millions de salariés, soit près de 10 % du salariat, l’économie sociale et solidaire (ESS) est un acteur essentiel de l’emploi en France.
Jusqu’au mois de juillet dernier, les sommets sociaux tripartites étaient réservés aux partenaires sociaux reconnus comme représentatifs au plan national interprofessionnel, ce qui excluait les employeurs de ce que l’on appelle le hors champ et qui est notamment composé de trois grands champs d’activité : l’agriculture, l’économie sociale et solidaire et les professions libérales.
Dès lors, la participation de l’Usgeres à la grande conférence sociale de ce début de mandat est un signal fort de la volonté du gouvernement d’associer plus étroitement les employeurs de l’économie sociale au dialogue social national.
L’Usgeres qui ne participe pas aux négociations interprofessionnelles entend être au moins consulté par les organisations patronales qui y participent et souhaite par ailleurs intégrer un certain nombre d’instances tripartites où se conçoivent les politiques de l’emploi, de la formation professionnelle et du dialogue social. D’ores et déjà, des commissions et groupes de travail qui seront mis en place dès la rentrée devraient permettre d’associer les employeurs de l’économie sociale à certaines thématiques telles que les emplois d’avenir, l’égalité professionnelle ou la sécurisation de l’emploi.
L’actualité tourne aujourd’hui autour des emplois d’avenir. Quelle est la vision de l’Usgeres sur le sujet ? Quel est le sens, pour vous, d’une réaction commune de l’Usgeres et de la CPCA en juin dernier ?
L’Usgeres accueille favorablement le projet de loi sur les emplois d’avenir, dispositif auquel elle a apporté une contribution active, en amont et en aval de la grande conférence sociale. Toutefois, elle a fait part, au sortir du Conseil des Ministres du 29 août, de ses craintes quant à une inadéquation trop importante entre le profil des jeunes ciblés et les besoins de qualification des employeurs. L’Usgeres a appelé l’Etat à renforcer l’accompagnement des titulaires (parcours qualifiant et tutorat obligatoires dès le début du contrat) comme des employeurs, sur le plan des ressources humaines, notamment. Enfin, l’Union souhaite être intégrée aux instances de pilotage du dispositif.
En tant qu’acteurs incontournables du champ associatif du dialogue civil et social, l’Usgeres et la CPCA se devaient de parler d’une même voix pour faire entendre les spécificités de nos structures, nos projets, et leurs besoins. La veille et la vigilance de l’ensemble des composantes du secteur associatif sur les nouveaux dispositifs d’emploi est de nature à construire les contours d’emplois de qualité, dans le cadre de projets viables, soutenus dans la durée par les pouvoirs publics. Les actions menées par la CPCA et l’Usgeres depuis quelques années commencent aujourd’hui à être entendues par les pouvoirs publics.
Au-delà des emplois d’avenir et des emplois aidés, quel est, en tant qu’organisation d’employeurs, votre analyse sur la situation de l’emploi dans l’économie sociale ?
En 2010, avec une progression de +2 %, l’emploi dans l’économie sociale a moins souffert de la crise que le secteur privé hors ESS. En 2011, l’emploi se maintenait, en dehors de secteurs fortement impactés par la baisse des financements des politiques sociales, notamment dans l’aide à domicile. On estime à 608 000 le nombre de postes qui seront à pourvoir d’ici à 2020 en raison de forts départs en retraite ; les besoins liés au secteur de la dépendance des personnes âgées et handicapées devraient générer 400 000 emplois d’ici 2015 : l’ESS représente donc un gisement d’emploi très prometteur, pour les jeunes générations notamment.
Toutefois, l’Usgeres rappelle que le développement de l’emploi dans l’économie sociale, et dans le secteur associatif en particulier, est fortement conditionné à des politiques publiques ambitieuses de soutien à l’activité du secteur.
Aussi, l’Usgeres appelle le gouvernement à définir, avec les acteurs concernés, des politiques adaptées aux spécificités du monde associatif, sans l’appui duquel il ne sera pas possible de répondre aux enjeux sociétaux considérables qui s’annoncent.
- – -
Alain Cordesse, président de l’Usgeres (Union des syndicats et groupements d’employeurs représentatifs dans l’économie sociale)
















Réagir