Marc-Olivier Padis, rédacteur en chef de la revue Esprit, a joué le rôle de grand témoin de l’atelier citoyen 14 millions de bénévoles: à quoi ça sert?. Il fera part de ses analyses lors de la restitution de cette démarche participative le 5 décembre, à partir de 14h, à l’Hôtel de ville de Paris. Il nous livre ici ses premières impressions.
Pourquoi le collectif Alliance EYV France et la CPCA ont-ils sollicité le regard extérieur d’un panel de citoyens sur l’engagement, plutôt que celui d’un groupe d’experts?
Si l’on devait s’en tenir à quelques indicateurs généraux, il n’y aurait rien de plus favorable que la situation du bénévolat dans la société française. Le nombre de bénévoles est en augmentation, de nombreuses associations se créent chaque année, les enquêtes d’opinion font ressortir une image très positive du bénévolat… Le grand public admire l’altruisme, le dévouement, le dynamisme des militants associatifs. Les pouvoirs publics et les entreprises privées célèbrent la souplesse des structures, leur réactivité, leur créativité. L’année européenne du bénévolat témoigne d’ailleurs de cette sollicitude générale en faveur des bénévoles. Appréciés, motivés, nombreux, ils rallient tous les suffrages. Le grand public aime les bénévoles et leurs associations. Mais finalement, pour quelles raisons? Un plébiscite aussi massif ne cache-t-il pas, pour partie, des malentendus, une méconnaissance, des non-dits? Ces interrogations ont donné la première impulsion d’une démarche conçue comme un moyen de bousculer le monde associatif et de l’amener à réfléchir sur lui-même autrement, en renouvelant les questionnements.
Quel était l’angle d’approche choisi pour provoquer ce questionnement ?
Les associations sont souvent vues comme un monde à part alors qu’elles sont tributaires des évolutions qui traversent l’ensemble de la société: place de l’Etat, organisation du travail, rapport au collectif. Mieux: elles expérimentent souvent en première ligne les transformations de l’action publique, les savoir-faire managériaux, les variations des engagements personnels dans les projets collectifs. Une série de thèmes a ainsi été identifiée et soumise au groupe de citoyens réunis pendant quatre jours: les liens entre associations et pouvoirs publics, les transformations du travail salarié, volontaire et bénévole, le rôle des associations dans la démocratie, les pratiques démocratiques dans les associations. L’idée était de voir comment le bénévolat évoluait avec la société, de comprendre en quoi l’action bénévole était encouragée ou entravée par des évolutions d’ensemble mais aussi, en retour, comment elles-mêmes étaient parties prenantes de ces évolutions, en les contrariant ou en les favorisant.
Quels sont les premiers enseignements qui ressortent de cet atelier citoyen ?
Le décalage qui est apparu entre les interrogations adressées par les organisateurs aux participants et les questions renvoyées par ces derniers au monde associatif est particulièrement intéressant. Et l’on peut y voir beaucoup plus qu’un simple malentendu. Car l’étalement de l’atelier citoyen sur plusieurs journée a permis de thématiser ce décalage et de constater qu’il ne s’agissait pas d’erreurs d’aiguillage mais bien de la dynamique de la réflexion du groupe. Il apparaît ainsi que des idées supposées admises et qui, de ce fait, ne sont plus débattues au sein du monde associatif, ne vont pas de soi dès lors qu’on sollicite un regard extérieur. Les surprises ont ainsi été nombreuses et riches d’enseignement. En ce sens, l’atelier citoyen était un pari risqué mais il a tenu ses promesses.




